"Peintures, collages, transparents 2016 - 2017"
Exposition du 9 septembre au 7 octobre 2017

 

 

Vernissage de la sixième exposition personnelle de Michel Quarez  "Peintures, collages, transparents 2016- 2017" à la galerie Corinne Bonnet, samedi 9 septembre 2017, puis exposition jusqu'au 7 octobre 2017 / First viewing of the sixth exhibition of Michel Quarez "Paintings, collages, transparencies 2016-2017", at the Galerie Corinne Bonnet, september 9, exhibition until october 7 2017

 

 

 

"It’s all over now !" par Daniel Mallerin* (août 2017)

 

"De l’éblouissement d’une couleur dépendent parfois toutes nos raisons de vivre ou de mourir : de le percevoir et de le transmettre, Michel Quarez dénude la source du désir, faisant voler en éclats le prisme de l’art qui nous le confisque : Est-ce que tout ne tient pas à tout ?  C’est en cela que réside sans doute le dandysme de l’affichiste au ban : scandaleusement total, il tiendrait du défi à reconnaître, en dépit de tout, le luxe de la vie, là où elle babille ou se déshabille.

 

Depuis longtemps déjà, depuis qu’il est devenu notre héroïque renégat de la commande, Michel Quarez est entré dans un processus sans fin de renversement des codes de l’asservissement visuel.

 

Dans sa soif de dénuement, l’anachorète-qui-rit repousse la répétition, se dérobant à notre attente – le registre où nous pensions le fixer sans punaises.

 

En septembre, dans la volière de Corinne Bonnet, il s’apprête à nous jouer une bonne blague : « peintures, collages et transparents », annonce-t-il avec sa vraie fausse naïveté, avec sa vraie fausse modestie. Pourtant, trompe l’œil et la mort, la couleur, la peinture, rien que la couleur, rien que la peinture, enflamment. Forme contre forme, all over. Un violent hymne à la joie.

 

Au deuxième coup d’œil : les p’tits papiers découpés et collés – un matos d’écolier - brûlent dans la couleur. On n’y voit que du feu. Qui s’étend dans la surface et la distend vers l’illimité.

 

Au troisième coup d’œil, on pige, médusé, que du pinceau Quarez s’est abstenu autant qu’il le pouvait. Le défi du pauvre. A peine quelques touches de peinture noire, ici ou là, imitant les confettis de papier noir – ou le contraire. A peine une soudure fluo, ici ou là, entre les découpes de fonds d’affiches fluo. A peine la trace du dessin. Voilà la bonne blague du virtuose en faux dessin d’enfant que l’on admire en enfant. Un plaisir sans chichis. Même cette insolence de Gavroche, Quarez a voulu s’en dépouiller en se livrant – soi-disant – aux papouilles du hasard, promesses du collage.

 

It’s all over now…

 

Peine perdue, le naturel revient au galop de l’orfèvre. Lorsque la forme jaillit de la couleur, ou l’inverse, le signe relève le cou au bruissement de la chance, retrouvant le geste élémentaire : 0 + 0 = la tête à casquette, tout en collage, rien que du collage de pacotille, imitant la marque Quarez. La première trace : Lascault à Métropolis, ou les doigts dans le sable. Ces signes succincts ne sont rien de moins que l’origine de l’écriture, disait Brassaï, sauf que la calligraphie des couleurs pulvérise la ribambelle des voyelles. Jubilation et ciao Arthur ! Je dirai quelque jour vos naissances latentes.

 

Une affiche sans colle et sans mur jaillit dans l’espace : un haïku, un papillon. Fuck Donald ou Danaold, tout le contraire d’Erro, et cetera. Au feu l’art pompier ! Juste un matos de chiffonnier, genre page déchirée. Mais ni Hains, ni Savignac, ni Di Rosa - les Raymond au savon ! Donald, métastase universelle – est-ce un sujet métaphysique ? -, gravée dans les lobes, peau de zob, même pas besoin de support surface, la voici insultée et transfigurée dans un feu d’artifices, sans père et passe.

 

Michel Quarez a-t-il dit passe ?

 

Non plus les condottieri sarcastiques du kitch. Au feu, au feu, l’Amérique ! Jusqu’à la passion de Basquiat convertie en millions de dollars. Septembre 2001, les twin towers s’enflamment en un jeu d’enfant.

 

Et dans le bûcher, ajoutons Brassaï, Prévert et le vaudou des vespasiennes. Le crâneur a cramé les vieilles idoles, retrouvant  dans l’embrasement des couleurs l’élan d’un Matisse cherchant à en finir avec la peinture. Et même si, entre temps, il y eut Hantaï, Pollock, Buraglio, Viallat, Buren, ou je ne sais quelle autre figure d’un suprématisme officiel débordant sur l’espace urbain - la peinture all over, l’hystérie de cathédrale, la prétention des grandeurs -  Michel Quarez s’est libéré de ce fardeau de chameau, réussissant non seulement à abolir le cadre, le châssis, la toile, la crédulité et le prévisible, mais aussi à résoudre le conflit entre dessin et couleur.

 

Tout est en tout.

 

Le vieux lion a encore fait plus fort. L’air de rien, il a fabriqué une puissante illusion. Il nous sera impossible de voir ces dernières œuvres – 29,7 x 21 cm, presque des timbres – autrement que surdimensionnées. L’œil aguerri fait aussitôt la traduction du haïku vers l’affiche – au moins trois mètres par quatre –, les rues n’ont pas oublié. Le volume du plat papier, le fumet de l’encre d’imprimerie et ces couleurs profanes qui transfigurent les lumières électroniques. S’en fout les collages !

 

It’s all over now…

 

Mais les « transparents » ? Ces silhouettes noires – un vocabulaire  en pattes de mouches éclatantes - fixées sur celluloïd (quelques cm2) ? Elles attendent leur espace.  Je vois l’une d’elles quasiment tous les jours dans ma ville, 10, 15 mètres de haut, noir corset velu, qui bombine sur les laideurs cruelles d’une surface aveugle d’immeuble.  Té où, dit le bonhomme - vagabond luni-solaire - à son portable. Un graffiti géant noir et blanc. All over. Une poésie chiadée, parfaite, qui nous venge de la morgue des murs peints.

 

Alors l’un dans l’autre – collages, peinture, transparents – on se prendra à rêver à des combinaisons jamais vues, une vie fluorescente, une ville brûlante, un monde pourpre, sang craché, rire des lèvres belles, dans la colère ou les ivresses impatientes. Un petit bijou hypnotique l’annonce : Plic Ploc.

 

It’s all over now…

 

Michel Quarez a déposé son matos dans la galerie où, deux années de suite, il avait déposé son mur. C’est tout."

 

* Daniel Mallerin est éditeur et écrivain